Vincent Roger - Conseiller du 4e arrondissement, conseiller régional d'Île-de-France, délégué spécial de la Région Île-de-France pour Paris 2024

À Paris, la qualité de l’air ne s’améliore pas, la pollution s’aggrave.

Le Professeur Pierre CARLI a remis à Valérie Pécresse le troisième rapport d’étape du Comité régional d’évaluation de la fermeture des voies sur berge. Ce comité d’experts indépendants (AIRPARIF, BRUITPARIF, IAU, ORS, STIF), installé le 12 septembre 2016 sous l’autorité du Professeur Pierre Carli, médecin-chef du SAMU de Paris, a réalisé un important travail de collecte et d’analyse de données et a auditionné différents acteurs (RATP, associations environnementales, services de secours, acteurs économiques, et prochainement associations de riverains et de commerçants).

Ce troisième rapport, qui dresse le bilan de septembre à décembre 2016, confirme la nécessité d’élargir l’étude d’impact de la mairie de Paris à une aire d’analyse bien plus vaste que le périmètre très restreint proposé, au-delà de Paris et de son périphérique, comme cela avait été souligné dans le rapport d’enquête publique.

Les experts observent une détérioration de la qualité de l’air durant les quatre derniers mois de 2016 (par rapport aux quatre derniers mois de 2015 et aux deux périodes de quatre mois de 2016). Cette dégradation constitue une tendance préoccupante. Il y a plus d’embouteillages en novembre 2016, ce qui produit par conséquent plus de pollution en NOx et en Particules. Ainsi, contrairement à l’objectif affiché par la mairie de Paris, le Comité a constaté que la décision de la fermeture des voies sur berge n’a entraîné aucune amélioration de la qualité de l’air. Par rapport à 2015, les émissions induites depuis la fermeture en septembre 2016 par le ralentissement des voitures ont augmenté de 53 % pour le NOx et + 49 % pour les particules sur les quais hauts, et + 18 % pour le NOx et de + 15 % pour les particules sur le boulevard Saint-Germain.

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L’impact négatif de la fermeture des voies sur berge sur les temps de parcours se poursuit : selon les données de la Préfecture de police, entre novembre 2015 et novembre 2016, les temps de parcours se sont allongés de +25% le matin et +92% le soir sur les quais hauts, de +31% le matin et +87% le soir sur le boulevard Saint-Germain. La situation du trafic s’est donc aggravée selon la Préfecture de Police entre octobre et novembre 2016.

La carte suivante montre l’évolution des temps de parcours du dernier mois observé (novembre) selon la Préfecture de Police et les capteurs de la Ville de Paris.

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Le Comité constate aussi une diffusion des problèmes de circulation sur une aire nettement plus large que le cœur de Paris notamment au sud-ouest (A86/Vélizy). Contrairement à ce qui a été affirmé, la circulation ne s’évapore pas, il y a un phénomène de diffusion du trafic : la circulation non absorbée par les quais hauts et le boulevard Saint-Germain se reporte sur le reste du réseau et sur d’autres plages horaires. Certains axes éloignés des voies sur berge connaissent des variations notables. En plus de ce phénomène de report dans le temps et dans l’espace, le comité constate contrairement à ce qui était attendu un arrêt dans la baisse continue du trafic intra-muros qui était jusque-là observée depuis 15 ans dans Paris.

Sur le bruit, selon Bruitparif, en comparant novembre 2016 à novembre 2015, le rapport fait apparaître une tendance globale à l’augmentation du bruit sur les quais hauts, avec des augmentations importantes pendant la nuit pouvant aller au-delà d’un doublement de l’énergie sonore sur certains sites de mesure (+3,5 dB soit +125%sur les quais de la Mégisserie).

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Mise à l’étude de scénarios alternatifs

Face aux nuisances avérées subies par les riverains et les automobilistes, Valérie Pécresse a demandé à l’IAU une étude de scénarios alternatifs d’aménagement et de piétonisation plus doux, plus progressifs et plus équilibrés des voies sur berge respectant les principes suivants : moins de circulation, moins d’embouteillages, plus de place pour les piétons, les vélos et les transports en commun. L’IAU a présenté ses premières pistes de réflexion, intégrant quais hauts et quais bas dans une logique de piétonisation douce, en s’inspirant de retours d’expériences d’autres villes françaises et européennes. Le rapport sera remis courant février et la Présidente saisira le comité d’évaluation pour étudier les avantages et inconvénients de chaque scénario.