Vincent Roger - Conseiller du 4e arrondissement, conseiller régional d'Île-de-France, délégué spécial de la Région Île-de-France pour Paris 2024

« De Gaulle face aux tragédies collectives – Résistance, redressement, reconstruction »

Remarquable texte (publié en deux parties les 11 et 17 avril sur le site de la Fondation) d’Arnaud Teyssier pour la Fondation Charles de Gaulle . A lire absolument et à méditer.

Selon l’historien, pour Charles de Gaulle « la crise n’est pas un simple accident […] L’extraordinaire est une donnée constante sur la durée, et l’ordinaire n’est jamais qu’une atténuation de l’extraordinaire. […] Pour cette raison les démocraties doivent être armées d’institutions fortes qui compensent l’inévitable faiblesse des individus… ». La mission première d’un chef d’Etat -outre de décider- c’est de préparer le pays à ces situations, de s’y préparer lui-même afin de pouvoir répondre aux besoins du pays le moment venu. Pour l’auteur de De Gaulle, 1969. L’autre révolution -son dernier livre- le Général était prêt en juin 40. Il avait une vision fruit de sa connaissance de l’Histoire, de ses lectures (Bernanos, Péguy, Bergson…) de ses réflexions en matière de stratégie militaire et de son expérience. Ainsi l’appel du 18 juin ne fut pas « une fulgurance » mais l’aboutissement d’une pensée. « Agir c’est prendre appui sur l’histoire tout en sachant comprendre ce qui change » argumente Arnaud Teyssier et d’ajouter « toute démocratie doit vivre en préparant sens cesse les outils qui la protégeront face à l’inéluctable crise ». Il résume ainsi la philosophie gaullienne quant à l’exercice du pouvoir. A la nécessité d’un Etat fort, du devoir de préparation et d’anticipation s’ajoute celui de l’inventivité.

Dans Le fil de l’épée, De Gaulle écrivait « L’incertitude marque notre époque. Tant de démentis aux conventions, doctrines, tant d’épreuves, de pertes, de déceptions, tant d’éclats aussi, de chocs, de surprises ont ébranlé l’ordre établi ». Ces lignes datent de 1932. Un lecteur contemporain -non averti – pourrait croire qu’elles ont été écrites dans un édito d’hier. A l’époque, De Gaulle appelait à l’imagination et à l’audace. Elles se concrétiseront 8 ans plus tard dans l’appel du 18 juin, ensuite dans le programme du CNR en 1945 puis à nouveau en juin 1958. En effet, d’après Arnaud Teyssier, pour le Général de Gaulle « la politique est un art immergé dans la vie réelle, elle est une création permanente, réalité imprégnée d’esprit. […] L’imagination permet de donner au présent une substance ». N’est-ce pas une ardente obligation pour ceux qui ont en main la destinée de la France ?

Pour les y mener ce texte revient sur le séquençage d’une crise pour Charles de Gaulle. Celle-ci doit être gérée en trois étapes : La Résistance : « réaction qui est le refus du renoncement » ; Le Redressement : « faculté du rebond et de surmonter le choc » et la Reconstruction dans la durée : moment de » l’effort suprême ». Cette dernière phase est sans doute la plus délicate puisque les peuples, après la période de résistance, peuvent être tentés par le relâchement. Enfin, ce texte nous renvoie à l’ADN du gaullisme. Durant toute sa vie, et sans doute encore plus à la fin, De Gaulle considérait que le gouvernement de la France – notamment pour faire face à des évolutions irréversibles comme le besoin de « solidarité accrue » de nos concitoyens, « l’autonomie des décisions » et « l’émergence de l’individu-roi » – devait traiter 4 quatre questions essentielles : la cohésion des territoires, le rapport entre l’Etat et les forces vives de la nation, la souveraineté et la question sociale… En cette année 2020, année gaullienne qui va célébrer le 130ème anniversaire de la naissance de Charles de Gaulle, du 80ème de l’appel du 18 juin et le 50ème de la mort de « l’homme du destin » (dixit Churchill) une évidence s’impose le gaullisme est plus que jamais d’actualité. Merci à Arnaud Teyssier de l’avoir rappelé avec force et talent.

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