Vincent Roger - Conseiller du 4e arrondissement, conseiller régional d'Île-de-France, candidat aux législatives dans la 7e circonscription de Paris.

Fillon tel que je le connais : un patriote éclairé et non un nationaliste ringard

Tribune parue sur Marianne le 24 novembre 2016

Alors que le débat avant le premier tour de la primaire avait été digne, le second tour se déroule dans une atmosphère de dénigrement, d’outrances et de caricatures.

On peut humainement comprendre que l’écart entre des sondages flatteurs et le vote des Français soit source d’une désillusion. Mais ce désenchantement ne doit pas conduire à l’irresponsabilité et à faire pire que la gauche. À entendre certains François Fillon serait réac, tradi, candidat de la casse sociale, conservateur limite facho… Et pendant que l’on y est homophobe. Tout cela est un scandale moral qui n’honore pas ceux qui encouragent ou diffusent de telles inepties.

Tout cela est bien étrange car ces attaques sont l’œuvre d’une partie d’un entourage qui espérait encore il y a huit jours le ralliement de François Fillon et des siens à sa cause. Pour eux, la semaine dernière Fillon était plus que fréquentable, depuis dimanche, il serait cousin avec Marine Le Pen. C’est abject. C’est surtout particulièrement mensonger.

Je connais François Fillon depuis 23 ans. Ses valeurs sont celles d’un patriote éclairé et non d’un nationaliste ringard. Celles d’un responsable politique qui, dans toutes ses fonctions, n’a eu de cesse d’agir au nom de l’idéal républicain. Je mets au défi son concurrent d’aujourd’hui ou ses adversaires de demain de mettre en exergue une action ou une décision de François Fillon qui prouverait le contraire. Dois-je, à titre d’exemple, rappeler qu’il est l’auteur de la loi sur la laïcité de 2004 ? Pour cet homme le pacte social se confond avec celui de la République. Je fus son collaborateur au Ministère des Affaires Sociales. Je me souviens d’un Ministre m’expliquant, après un rendez-vous avec un grand dirigeant patronal, « il serait bien que je lui explique la vie des ouvrières sur les chaînes des abattoirs de Sablé-sur-Sarthe« .

Toute sa vie, François Fillon a été dans le respect des plus humbles avec l’obsession de leur permettre de vivre dignement. Le respect est pour lui une philosophie de vie. Elle demeure au cœur de son programme pour 2017. Il a toujours eu à cœur de promouvoir l’ascenseur social. J’ai en mémoire son attachement au dialogue social notamment durant la réforme des retraites en 2003. Ses échanges avec François Chérèque ou Bernard Thibault s’effectuaient dans le respect et l’exigence. Cette façon de faire n’avait rien à voir avec la brutalité du dialogue social que connut la France à l’automne 1995. En 1995 la réforme échoua. En 2003, malgré de grandes manifestations, la loi retraite entra en vigueur.

Quant aux mensonges actuellement diffusés sans retenue sur l’IVG et le droit des homosexuels il devient urgent d’en finir avec le délire ambiant. Sur l’IVG, François Fillon rappelait dans son livre Faire que c’était un droit fondamental. Comme parlementaire depuis 30 ans, il a voté toutes les améliorations de la loi Veil. Je peux également témoigner de son attachement à la personne de Simone Veil. J’ai souvenir de son émotion lorsqu’il me racontait son premier voyage à Auschwitz en compagnie de cette grande dame. Concernant le monde gay dans son dernier livre, il affirmait comprendre « le désir des couples homosexuels d’être reconnus pour ce qu’ils sont: des êtres qui s’aiment, qui veulent que la société reconnaisse la pureté de leur sentiment et qu’en gage de cette reconnaissance elle confère tous les droits liés au mariage« . Il ne remettait ainsi pas en cause le mariage homosexuel. Son projet de réécriture de la loi Taubira se limite à refuser l’adoption plénière ce qui au passage n’interdira pas l’adoption individuelle. Il s’agit d’une conception exigeante de la filiation. On peut être pour ou contre mais cela ne mérite pas l’opprobre, sur les réseaux sociaux, dont François Fillon est l’objet depuis quelques jours.

Enfin traiter François Fillon de conservateur est une vaste plaisanterie au regard du débat interne de la droite française depuis 30 ans. Est-ce que Philippe Séguin, dont François fut le fidèle d’entre les fidèles, était un conservateur ? Est-ce que le réformateur François Fillon qui inspira à Jacques Chirac la mise en œuvre de l’armée de métier ou l’entrée de la France dans l’ère numérique, via la réforme de France Télécom, fut animé d’un esprit conservateur ? Est-ce que le programme du candidat Fillon apparaît comme conservateur alors qu’il propose la révolution du bon sens ?

La France d’aujourd’hui doit relever des défis immenses : une montée sans précédent de la précarité, un chômage de masse exponentielle, une Europe en panne, des enjeux géopolitiques majeurs, la menace du communautarisme… Elle doit pour cela sortir du conservatisme. C’est tout le projet de François Fillon. Les Français attendent de la primaire qu’elle soit à la hauteur de la gravité française. En attendant, il serait bien que le débat retrouve toute sa dignité.