Vincent Roger - Conseiller du 4e arrondissement, conseiller régional d'Île-de-France, délégué spécial de la Région Île-de-France pour Paris 2024

Hidalgo et le vote à 16 ans

Dans une interview accordée au journal Le Monde, le 11 avril dernier, Anne Hidalgo nous faisait, à nouveau, la leçon en matière de démocratie locale et participative. Une vieille rengaine de sa majorité ! Oubliant au passage son mépris vis-à-vis de l’enquête publique relative à la fermeture des voies sur berges, l’absence de consultation des habitants sur la fusion des arrondissements centraux, des projets du budget participatif adoptés par la ville qui ne voient pas le jour… J’en passe et des meilleurs.

Dans cet entretien la Maire de Paris est allée encore plus loin. Elle a franchi un cap supplémentaire dans la démagogie. Elle annonçait l’organisation d’un vote expérimental dans les 12 lycées municipaux parisiens pour les élections européennes. Pour l’essentiel des lycées professionnels avec de nombreux élèves qui ont eu un parcours scolaire chaotique. Une partie de ces adolescents sont dans une situation sociale fragile. Ce projet consistait à faire organiser, en amont, du scrutin des débats sur les élections européennes. Les élèves auraient donné leurs avis sur les listes en compétition. Autant dire que l’on faisait rentrer la politique au sein de l’école de la République. Un fichier des « électeurs » devait être constitué. Une telle initiative posait d’ailleurs problème par rapport aux règles de la CNIL. On aurait fait voter des jeunes de 16 ans. Madame la Maire trouve que « c’est le bon âge » pour voter.  Certes ce scrutin organisé dans ces établissements scolaires n’aurait pas été pas pris en compte. Il n’empêche, on marchait sur la tête. On oubliait quelques fondamentaux de l’école républicaine.

D’abord comme l’exige la tradition républicaine les fonctionnaires/enseignants ont une obligation de réserve. Sans omettre la période de réserve durant laquelle tout débat politique est interdit dans l’enceinte d’un établissement scolaire. Ensuite c’est une remise en cause totale du devoir de neutralité au sein de l’éducation nationale. Enfin cela peut avoir des conséquences sur la sérénité des établissements. Imaginez si des listes extrêmes étaient arrivées en tête ?

Bien évidemment, les chefs d’établissements concernés ont été contre cette initiative. Le rectorat n’a pas donné son accord. Les enseignants y ont été très majoritairement opposés. Ce vote n’aura donc pas lieu. Madame Hidalgo a, comme à son habitude, tenté de passer en force. La chose ne se limitera qu’à un effet d’annonce. Drôle de conception de la politique. Mais il est heureux, au final, que cette annonce ne se réalise pas.