Vincent Roger - Conseiller du 4e arrondissement, conseiller régional d'Île-de-France, délégué spécial de la Région Île-de-France pour Paris 2024

Police municipale : mettre fin à l’exception parisienne

Tribune parue sur le site de Valeurs Actuelles.

En matière d’insécurité à Paris, les chiffres sont de plus en plus préoccupants. Entre 2012 et 2017, la délinquance a augmenté de 20 % dans la capitale, avec près de 800 crimes ou délits enregistrés chaque jour. Sur les sept premiers mois de 2018, les cambriolages ont augmenté de 16 % et les violences sexuelles ont doublé. Chaque matin, la presse fait écho d’une nouvelle agression à caractère homophobe, d’un règlement de comptes entre bandes ou d’une attaque au couteau dans le métro.

Cette spirale doit être stoppée.

Car au-delà des chiffres et des drames, cette violence laisse derrière elle un sentiment d’insécurité qui recouvre la plus belle ville du monde d’un voile anxiogène. Aujourd’hui, on meurt à 20 ans pour une histoire de trottinette sur les quais à Paris. Ce n’est pas tolérable. On est loin de la « métropole inclusive et bienveillante, durable et innovante » qu’essaye de nous vendre la maire de Paris.

Une solution utile pour les Parisiens, mais aussi les Franciliens et les touristes

En journée, la population de la capitale augmente de 50 %. Aux 2,2 millions d’habitants s’ajoutent un million de personnes qui viennent y travailler et 100 000 touristes du monde entier.

Toujours entre 2012 et 2017, le nombre de suspects mis en cause pour crimes et délits a reculé de 36%. En dépit de leur engagement total, les policiers ont moins de temps pour mener leurs investigations car ils sont sollicités pour assurer la sécurité d’un nombre croissant d’événements festifs, sportifs ou autres, tout ça dans le cadre d’un plan Vigipirate exigeant. Les policiers ont manifesté récemment à Paris pour dénoncer leurs conditions de travail et nous alerter sur le manque de reconnaissance et de moyens qui contribue à les démobiliser.

La Mairie de Paris et le gouvernement doivent prendre leurs responsabilités

Ces deux dernières années, Paris a « perdu » près de 300 policiers, l’équivalent d’un commissariat. En revanche, partout ailleurs en France, les effectifs de policiers municipaux ont augmenté de 11 % depuis 2012. 90 % des villes de plus de 3500 habitants disposent désormais d’une police municipale. Tous les maires, ou presque, ont pris conscience qu’ils avaient un devoir de résultat en matière de sécurité, en mobilisant tous les outils à leur disposition, police municipale en tête.

Le Sénat avait adopté en 2015 une proposition de loi, à l’initiative de Pierre Charon, pour donner au maire de Paris les mêmes pouvoirs que les autres maires de France en matière de police municipale. La récente réforme du statut de Paris de février 2017 était l’occasion de lever le verrou législatif qui empêche depuis 218 ans la capitale de se doter d’une police municipale. Mais le gouvernement socialiste et la maire de Paris ont tout simplement refusé cette évolution, lui préférant la fusion des 4 arrondissements du centre de la ville, sujet sur lequel par ailleurs il n’a pas été jugé naturel de consulter les habitants. On est loin, là encore, des « démarches participatives inclusives » pourtant chères à Madame Hidalgo.

Pourquoi la maire de Paris refuse-t-elle de consulter les Parisiennes et les Parisiens sur la création d’une police municipale ?

Madame Hidalgo n’a toujours pas répondu à la proposition de Pierre-Yves Bournazel d’organiser d’ici la fin de l’année un référendum local sur le sujet. Il serait pourtant éclairant de permettre à chacun de s’exprimer sur un enjeu majeur pour la qualité de vie des habitants.

Si les policiers municipaux n’ont pas vocation à remplacer leurs homologues de la police nationale, ils peuvent en revanche agir efficacement pour lutter contre la délinquance du quotidien, surtout si leurs compétences sont élargies, comme le préconise le rapport de Jean-Michel Fauvergue, ancien patron du RAID.

En patrouillant dans l’espace public, au contact des Parisiens, ils pourraient assurer avant tout un rôle préventif. Le quartier de la Chapelle manque par exemple cruellement de présence policière sur le terrain afin de lutter contre les trafics en tous genres. Ces missions pourraient s’appuyer sur un réseau de caméras renforcé. Avec deux fois moins de caméras qu’à Lyon — rapporté à la population —, Paris est en effet largement sous-équipée.

Il faut une politique de tolérance zéro de la petite délinquance

Les policiers municipaux pourront aussi dresser des contraventions, ce qui demeure, on le sait, efficace, en matière de lutte contre la délinquance du quotidien : tags, nuisances sonores, attroupement dans les immeubles, infractions au code de la route, etc. dont souffrent particulièrement les Parisiens. Elles prospèrent, et avec elles, la petite délinquance.

Il faut donc se donner les moyens et mettre en œuvre une politique de tolérance zéro sur ces agissements. Les résultats ne se limiteront pas à l’amélioration du cadre de vie : comme New-York a pu en faire l’expérience, mener cette bataille pour le civisme au quotidien est un excellent levier pour restaurer, au-delà, l’ordre et la tranquillité publique.

La création d’une police municipale déchargera la police nationale, puisque les agents de la Ville ont par ailleurs le devoir de constater tout flagrant délit, avant d’en référer à un policier national, et concourent donc à l’amélioration de l’élucidation des crimes et délits.

C’est aussi dans le travail et la coordination avec l’ensemble des autorités que nous obtiendrons des résultats tangibles. Il est donc nécessaire d’avoir en tête l’ensemble de la chaîne pénale lorsqu’il s’agira de mettre en place cette police municipale, car une police municipale sans politique pénale ne servirait à rien.

La sécurité des Parisiens n’est pas une « opportunité » politique, c’est une priorité !

Le bilan d’Anne Hidalgo est largement décrié en matière de sécurité : 62 % des Parisiens jugent négativement son action*. Aujourd’hui la maire de Paris « réfléchit » et s’apprêterait peut-être à « changer » d’avis. Son 1er adjoint démissionnaire caractérise ce changement de posture « d’opportunisme » électoraliste. La sécurité des Parisiens mérite mieux que des calculs électoraux qui, on le sait, n’ont aucune chance d’être un jour mis en œuvre.

Car la gauche plurielle parisienne, au pouvoir à Paris depuis 20 ans, a toujours rejeté l’idée de créer une police municipale et la Maire de Paris ne dispose évidemment pas de majorité pour mener à bien une telle réforme.

En annonçant vouloir armer de Taser 300 agents municipaux en charge de la sécurité, elle n’équipe en réalité que 10% d’entre eux. C’est déjà trop pour ses alliés écologistes et communistes au conseil de Paris. Nous croyons aujourd’hui indispensable, compte tenu à la fois de la menace terroriste mais aussi de la hausse des violences quotidiennes, de former et d’armer des agents en uniforme qui sont devenus des cibles comme l’a fait récemment Lyon.

Les Parisiens l’ont compris. Sans changement de majorité à l’Hôtel de Ville, aucune police municipale armée à Paris ne sera créée. « L’histoire nous enseigne qu’une civilisation, pour garder la maîtrise de son destin, doit se donner les moyens de sa sécurité. » disait Jacques Chirac.

C’est ce qui est en jeu, aujourd’hui à Paris.

* Sondage IFOP-Mars 2018.

Les signataires : Florence Berthout, présidente du Groupe LR et Indépendants, maire du 5e arrondissement de Paris, conseillère régionale ; Jean-Baptiste de Froment, 1er vice-président du Groupe LR et Indépendants, conseiller du 9e arrondissement de Paris ; Alix Bougeret, vice-présidente déléguée du groupe LR et Indépendants, conseillère du 17e arrondissement de Paris ; Pierre-Yves Bournazel, député de Paris, conseiller du 18earrondissement de Paris ; Pierre Charon, sénateur de Paris, conseiller du 15earrondissement de Paris ; Rachida Dati, ancien ministre, député européen, maire du 7e arrondissement de Paris ; Catherine Dumas, sénatrice de Paris, conseillère du 17e arrondissement de Paris ; Claude Goasguen, ancien ministre, député de Paris, conseiller du 16e arrondissement de Paris ; Brigitte Kuster, députée de Paris, conseillère du 17e arrondissement ; Geoffroy Boulard, maire du 17arrondissement de Paris ; Delphine Bürkli,maire du 9e arrondissement de Paris, conseillère régionale d’Ile-de-France ; Danièle Giazzi, maire du 16e arrondissement de Paris, conseillère régionale d’Ile-de-France ; Philippe Goujon, maire du 15e arrondissement de Paris ; Jeanne d’Hauteserre, maire du 8e arrondissement de Paris ; Jean-François Legaret, maire du 1er arrondissement de Paris, conseiller régional d’Ile-de-France ; Jean-Pierre Lecoq, maire du 6arrondissement de Paris, conseiller régional d’Ile-de-France ; Marie-Claire Carrère-Gée, conseillère de Paris du 14e arrondissement ; Valérie Montandon, conseillère de Paris du 12earrondissement, conseillère régionale d’Ile-de-France ; Anne-Constance Onghéna, conseillère de Paris du 19e arrondissement ; Frédéric Péchenard,conseiller de Paris, Vice-Président du Conseil régional d’Ile-de-France ; Atanase Périfan, conseiller de Paris du 20e arrondissement ; Véronique Amar, conseillère du 10e arrondissement de Paris ; Brice Alzon, conseiller du 2e arrondissement de Paris ; Jacques Lefort, conseiller du 11e arrondissement de Paris ; Jean-Baptiste Olivier, conseiller du 13e arrondissement de Paris ; Vincent Roger, conseiller du 4e arrondissement de Paris.