Vincent Roger - Conseiller du 4e arrondissement, conseiller régional d'Île-de-France.

Pourquoi les Français attendent un président exemplaire

Au «Sarko bashing» a succédé le «Hollande bashing». Pour Vincent Roger, il est temps que la France dispose d’un chef d’Etat qui échappe au règne de la petite phrase, des brèves de comptoir et des tweets éphémères.

Dans une lettre ouverte récente à François Hollande, le philosophe Régis Debray rappelait que «l’humanité a l’étoffe du temps, elle n’est rien dans l’instant». Histoire de signifier à l’actuel locataire de l’Elysée que sa fonction ne pouvait être liée à l’immédiateté. Consciemment ou non, ce que reprochent surtout les Français à François Hollande ce ne sont pas tant ses échecs – tous les gouvernants en ont eus – ni ses promesses non tenues – il ne fut malheureusement pas le premier – c’est de ne pas avoir été à la hauteur de sa mission. Ce quinquennat aura été une chronique de brèves de comptoir. Le fait d’avoir cadenassé, avec un certain talent, la communication autour de dramatiques attentats ne pourra faire oublier une présidence au fil de l’eau. Une présidence qui s’abaisse à répondre à Leonarda. Entre les tweets d’une éphémère première dame à la plume vengeresse et soixante séances de psychanalyse auprès de journalistes engagés, cette présidence aura affaibli considérablement nos institutions. Les remettre en marche sera l’urgence du prochain quinquennat. La fonction présidentielle doit redevenir exemplaire. Les Français savent bien qu’un président ne peut pas tout. Cela ne les empêche pas de vouloir l’exemplarité au sommet de l’Etat. Quand ce n’est pas le cas, la parole présidentielle n’est plus audible. Elle perd de sa crédibilité et de son efficacité.

Au crépuscule de l’actuel quinquennat, on constate un délitement, sans précédent, de la fonction présidentielle. Une telle évolution a des conséquences dramatiques pour tout le pays. Il est urgent d’avoir une présidence qui reprend de la hauteur. La voix du chef de l’Etat doit redevenir forte pour peser sur la scène internationale, en particulier au sein de l’Union européenne. Elle doit mobiliser l’appareil administratif pour engager les réformes économiques et sociales indispensables. Elle doit redonner de la confiance à tout le pays pour créer les conditions d’une croissance forte. Elle doit plus que tout incarner l’autorité pour soutenir le monde hospitalier, les enseignants, les forces de l’ordre… Elle doit, enfin, redonner du souffle au pays pour lui donner un cap et une ambition collective.

Ces dernières années auront été celles des présidences bashing. On est passé du «Sarko bashing» au «Hollande bashing». En disant cela, il n’est pas question de comparer les deux. La présidence Sarkozy a tenu la barre face à une crise économique mondiale sans précédent. La présidence Hollande s’englue dans une crise politique sans limite. De surcroît, Nicolas Sarkozy a reconnu lui-même les erreurs de l’hyperprésidence. François Hollande, pour sa part, semble toujours content d’une présidence normale. Quoiqu’il en soit, ces bashings sont excessifs. Ces défoulements ne servent en rien l’intérêt général. Ils contribuent souvent à abaisser la fonction présidentielle et le débat public. Ils caractérisent une démocratie aussi souffrante qu’immature. Les politiques devraient réfléchir à deux fois avant d’y contribuer. La gauche lors du précédent quinquennat s’y est engouffrée sans retenue, sans le sens des responsabilités et souvent avec bassesse. Rappelez-vous des déclarations de certains au lendemain de la neutralisation du terroriste Mohamed Merah. On était bien loin de l’Union Nationale. De même, certains à droite auraient pu, depuis 2012, tourner sept fois leur langue dans la bouche avant de participer à la meute. Ce phénomène de bashing, amplifié par les réseaux sociaux, a des conséquences désastreuses. Si le débat public n’est plus dans le respect, comment imposer cette notion essentielle à la République dans les quartiers difficiles, dans les salles de classe ou pour assurer l’égalité entre les hommes et les femmes.

En France, c’est le président de la République qui donne le La au débat démocratique. Il serait bien d’élire, en mai prochain, un président à la hauteur de la fonction. Certes, on ne changera pas certains médias et leur absence de déontologie. On n’enrayera pas non plus la folie des réseaux sociaux. Raison de plus pour choisir un président qui fait de l’exemplarité l’alpha et l’oméga de son futur mandat. Un président capable de résister aux conditions nouvelles du débat public. Un président qui ne se prêtera pas au jeu des outrances. Un président qui n’encouragera pas le bashing à son encontre. Un président qui ne jurera pas en public. Un président qui, ni de près ni de loin, sera en débat avec les magistrats. Un président qui ne s’évadera pas en scooter. Un président qui ne gouvernera pas uniquement avec une promotion de l’ENA. Un président qui a, durant toute sa vie d’élu, pris soin de ne pas accepter les dérives d’une technostructure suffisante. Il faut à la France un président qui assume son sérieux. Un président qui soit un animal à sang froid. Un président qui refuse la politique spectacle. Un président qui privilégie le fond sur la forme. Un président qui n’agit pas au regard de l’immédiateté. Un président qui refuse la BFMisation de l’agora. Un président qui ne demandera pas à ses ministres de se contenter à être via les chaînes d’infos ou les réseaux sociaux. Un président qui exigera de son gouvernement de faire au nom de l’intérêt général. Un président patriote mais qui combat le nationalisme. Un président qui aura à cœur d’être irréprochable et de redresser la fonction présidentielle. Un président qui s’engage à ne faire qu’un mandat. Un président qui sera ainsi capable d’être en situation pour mettre fin à une Europe en panne, pour vaincre le chômage de masse, pour combattre la précarité croissante et pour résoudre les enjeux géopolitiques colossaux auxquels la France est confrontée. Un président au service de la France.